Synthèse sur le commerce d’oiseaux vivants tirée d’un compte-rendu d’une mission effectuée en Guyane française du 17 au 23 octobre 1986

(avec l’aimable autorisation de l'auteur du rapport : J.P LEDUC)

 

Pour lire cette synthèse, merci de vous transporter 23 ans en arrière ...

Depuis plusieurs années il apparaît clairement que la Guyane française est devenue une plaque tournante dans le commerce illégal de la faune sauvage et de ses produits. La convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d’extinction ( CITES) ne s’applique pas au commerce Métropole – Dom puisque ces derniers sont partie intégrante du territoire français. Il n’y a donc pas de commerce international.

La frontière de la Guyane avec ses pays voisins (Surinam et essentiellement le brésil) est impossible à contrôler. Des quantités importantes de marchandises passent donc ces frontières et arrivent dans la C.E.E avec une origine déclarée comme étant la Guyane Française.

Quelques fraudes ( peaux de crocodiles avec Permis CITES frauduleux, affaire dite d’Orly en juillet 1985 ) ont fait l’objet de constatations officielles. L’examen de factures trouvées en Métropole lors de différents contrôles montre à l’évidence des irrégularités mais elles n’ont pas pu faire l’objet de preuves formelles. En raison de l’importance du problème, la France a subit des remarques lors de la cinquième conférence des parties à Buenos Aires en avril 1985, avec la Bolivie, la Paraguay et l’Allemagne fédérale (ce dernier en raison du problème du port de franc de Hambourg).

Depuis 1978, les associations de protection de la nature réclamaient une liste des espèces protégées en Guyane. De nombreux projets ont été examinés (et certains adoptés) par le conseil National de protection de la nature et son comité permanent, mais il a fallu attendre le 25 juin 1986 pour que les arrêtés soient publiés au Journal Officiel de la république Française.

Il était donc intéressant de voir quelle était la situation quatre mois après la publication de ces arrêtés et huit mois avant la prochaine conférence des parties de la CITES au Canada.

Le commerce d’oiseaux vivants est très florissant et porte essentiellement sur les perroquets et les passereaux : Amazona amazonica, Pionus mentruus, Pionites melanocephala, Ara macao, Ara ararauna, Anodorhynchus hyacinthinus.

Nous n’avons pas constaté de vente d’autres espèces, cependant, un gros commerçant détient des rapaces et des ibis rouges, des toucans et quelques autres … Officiellement ils ne sont pas à vendre mais sont destinés à la présentation au public. On peut se poser la question sur l’origine des Ibis rouges qui étaient tous immatures. Il nous a été répondu que c’était un chasseur qui les avait donnés (plus d’une quarantaine d’individus…)

(Les cas des passereaux n’a pas été étudié (faute de temps, et il se posait également des problèmes de détermination). Le cas des perroquets est lui très important.)

Un commerçant de Cayenne proposait à la vente le lundi 20 octobre 1986 : des Amazona amazonica pour 300 francs ; Amazonica farinosa à 150 francs ; Pionus menstruus à 150 francs ; Pionites melanocephala à 145 francs ; Ara macao (1/A) à 500 francs mais marchandé à 300 francs !! ; ainsi que des Ara ararauna, et des Anodorhyncus hyacyntinus (1/A).

Exemple chez un second commerçant de Cayenne qui détenait le mercredi 22 octobre 1986 à 12 heures 6 Amazona amazonica, cinq à 16h00, quatre le jeudi 23 à 12h00, et huit le vendredi 24 à 12h00.

Il est difficile de donner une évaluation du nombre de perroquets vendus sur un an, mais toutes les informations le confirment. Il est particulièrement important. Une grande partie de la population possède un perroquet à domicile, les chiffres d’exportation de l’époque confirment ce fait.

Les importations légales sont très faibles. Elles concernent principalement des perruches ondulées, et des granivores africains ou asiatiques. Un seul cas déclaré d’importation de Gris de gabon en 1986.

Par contre les importations illégales sont très importantes. Elles viennent pour une faible part du Surinam et une importante part du Brésil (avec de temps en temps, une origine Paraguayenne, Colombienne ou Bolivienne).

Les informations recueillis montrent trois filières :

Aérienne : Un avion est loué, un plan de vol théorique sur la Guyane Française est déposé. L’avion se rend au brésil et revient avec sa cargaison.

Maritime : Par tapouille, celles-ci stationnent dans l’embouchure du fleure Matury ou dans celle des rivières de Cayenne et de Montsinéry. Elles sont déchargées sur des pirogues qui peuvent remonter les fleuves ou débarquer sur des plages.

Terrestres : Après franchissement de l’Oyapock, il semblerait que la ville de Saint Georges de l’Oyapock soit un lieu de passage très utilisé.

En ce qui concerne le Surinam, les passages se feraient essentiellement par Saint Laurent du Maroni et accessoirement par Man, Apatou et Maripasoula.

Le commerce qui se fait ensuite est particulièrement important, et nous devons distinguer 2 grandes catégories, les particuliers et les commerçants.

1/ Les particuliers sont en effet dispensés de dérogation sanitaire jusqu'à deux pièces (ce qui à l’époque est loin d’être respecté). Dans ce cas, il doit faire établir un certificat sanitaire par un vétérinaire privé. Ce certificat devait être signé par le DDSV qui enregistre les visas sur un cahier.

D’après l’analyse de ce cahier on peut constater, des expéditions sans certificats sanitaires ; des expéditions avec certificat sanitaire mais non visé par la DDSV ; et des expéditions avec certificat sanitaire visé par la DSV mais non reportées sur le cahier de cette dernière.

Compte tenu des estimations et données fournies par :

Les vétérinaire privés, la DDSV, les douaniers de l’aéroport passager de Rochambeau, le personnel de l’aéroport de Rochambeau, le personnel d’Air France, et des passagers réguliers on peut estimer entre 1000 et 1500 le nombre de psittacidés (dont 1/3 de perruches) exportés par des particuliers.

- Signalons également que les expéditions frauduleuses sont, aux dires des vétérinaires, monnaies courantes. En effet, de nombreuses personnes les sollicitent sur les méthodes d’endormissement des perroquets.

2/ Les commerçants : Leur activité semble faible quand on regarde les chiffres obtenus par la documentation. En réalité il parait plus important. Tout d’abord une partie du secteur « passager » correspond en réalité à des transports pour commerçants. On peut ainsi constater que des commerçants prennent l’avion avec deux perroquets et sur le même vol plusieurs passagers partent avec, chacun, deux oiseaux de la même espèce. Ensuite il est manifeste que les expéditions officielles d’un commerçant ne correspondent pas à ce qu’on peut imaginer quand on examine son tarif * et son stock*.

 

Il est clair que les chargements ne sont pas suffisamment contrôlés tant du point de vue des espèces que de leur nombre (La marchandise arrivant au dernier moment). Il n’y a pas de vétérinaire à l’aéroport et personne ne connaît les espèces.

Probablement les quantités et les espèces sont-elles loin de correspondre aux documents. De plus, un certain nombre d’irrégularité ou de faits étranges peuvent être constatés.

Par exemple : Pour une même expédition, les noms d’espèces varient selon les documents ; pour un même destinataire, les noms et les lieux de livraison varient ; plusieurs exportateurs utilisent la même machine à écrire pour taper les déclarations en douane et utilisent pour leurs factures un manifold du même type et dont les numéros se suivent.

Le commerce des oiseaux morts et de leurs produits n’a pas été étudié, mais nous pouvons constater la présence d’oiseaux  (Soupe de Perroquets ou du rôti d’Ibis) sur les cartes de restaurants, sans compter les oiseaux empaillés dans les boutiques de Cayenne et de Kourou.

L’aspect le plus important du commerce de produits d’oiseaux est constitué par les fleurs fabriquées à partir de plumes et de parures indiennes en plumes d’Ara.


* Liste des Psittacidés présent chez un commerçant d’animaux de Cayenne:

17 Ara ararauna (environ 60 début septembre 1986)

7 Ara macao (environ 20 début septembre 1986)

3 Ara chloroptère (environ 20 début septembre 1986)

14 Aratinga leucophtalmus ( perruche pavouane)

1 Aratinga wagleri/mitrata

1 Pyrrhura picta (perruche versicolor)

1 Brotogeris chrysopterus (Toui para)

1 Brotogéris sanctithomae

5 Pionites melanocephala (Caïque maipouri)

15 Pionus fuscus (Pione violette)

42 Pionus menstruus dont 1 mort au fond de la cage (Pione à tête bleue)

8 Amazona amazonica (Amazone aourou )

11 Amazona ochrocephala (amazone à tête jaune)

1 Deroptyus accipitrinus (Perroquet maillé).


* Quelques exemples de tarifs d’un commerçant d’animaux à l’export :

(Les noms en gras n’existent pas en guyane. Ils sont donc probablement importé en fraude. Les espèces de l’annexe I sont vendues illégalement)

Pionus fuscus : 98, 50 euros (à convertir en franc de l’époque).

Pionus mentruus : 21 euros ( à convertir … )

Amazona dufresniana : 50 euros ( idem )

Amazona aestiva : 62 euros

Amazona ochrocephala. o : 125 euros

Amazona amazonica : 42,50 euros

Amazona farinosa : 78 euros

Amazona versicolor : 3550 euros

Amazona impérialis : 12500 euros

Amazona brasilensis : 450 euros

Ara ararauna : 220 euros

Ara chloroptère : 249 euros

Ara macao (1/A): 255 euros

Ara nobilis : 45 euros

Ara rubrogenys (1/A) : 1450 euros

Anodorhynchus hyacinthinus (1/A): 520 euros

Anodorhynchus leari bonaparte (1/A): 16800 euros

Anodorhynchus glaucus (1/A) : 19000 euros

Cyanopsitta spixii (1/A) : 9630 euros

Aratinga guarouba (1/A) : 720euros

Aratinga pertinax : 9,50 euros

Aratinga jendaya : 15 euros

Pyrrhura cruentata (I/A) : 100 euros


Pour conclure cette synthèse et l’aspect de la protection des espèces de Guyane française, le commerce d’animaux est loin d’être le seul problème. Bien d’autres facteurs concourent à la destruction du Patrimoine naturel Guyanais.

On peut notamment citer : La disparition du milieu (aménagement et exploitation de la forêt, défrichements pour l’agriculture, l’installation de zone de dépose d’hélicoptères ou travaux divers, développement des infrastructures routières et touristiques etc.… )

Une autre activité, le tourisme est susceptible d’excès avec notamment l’organisation de safaris au cours desquels des prélèvements abusifs peuvent être effectués.

Cette enquête met également clairement en évidence que le commerce des espèces de Faune et Flore en Guyane est soumis à un contrôle tout à fait insuffisant et que les textes réglementaires sont peu appliqués.

L’une des raisons essentielle est le manque d’information, tant du public que des agents chargés de l’application.

Rejoignez nos forums techniques ici : Forum technique