Le picage du perroquet

Le picage peut se définir comme une habitude vicieuse prise par l’oiseau de s’arracher ses plumes ou celles de ses congénères. Il traduit un trouble du comportement. Très fréquent chez les Psittacidés, il ne doit pas être confondu avec d’autres causes d’arrachage des plumes de nature physiologique, parasitaire ou infectieuse. Il y a donc le picage vrai, souvent difficile à traiter, et les faux picages.

 

Le picage vrai

Les manifestations de picage sont très évocatrices. Dans la plupart des cas le propriétaire constate que son oiseau s’arrache les plumes à l’aide de son bec. Parfois cette habitude vicieuse se déroule en l’absence du propriétaire. C’est alors la présence de plumes en quantité anormale au fond de la cage et en dehors des périodes de mues habituelles qui éveille son attention.

Le diagnostic est évident lorsque l’oiseau met à nu en un temps très bref certaines zones du corps accessibles à son bec (poitrail, cuisses, queue, dos et ailes). Dans les cas extrêmes, seule la tête reste épargnée alors que le corps est entièrement déplumé. Certains oiseaux mâchent leurs plumes sans les arracher, on les appelle d’ailleurs « mâcheurs de plumes », jusqu’à les rendre mutilées et effrangées. Cette forme de picage est particulièrement désastreuse sur le plan esthétique car les plumes mâchées sans être arrachées ne seront pas remplacées à la prochaine mue, alors que celles qui sont arrachées repoussent immédiatement.

 

Le picage est fréquent chez les Psittacidés de compagnie et plus particulièrement chez les cacatoés, le gris d’Afrique (Psittacus erithacus), les amazones, les inséparables (Agapornis sp), l’eclectus (Eclectus roratus), les aras, la perruche d’Alexandra (Polyteus alexandrae), certaines perruches callopsittes. Les cacatoès pratiquent parfois une véritable auto-mutilation, notamment au niveau des pattes et du bréchet. Le picage peut également s’observer chez les non Psittacidés, par exemple chez le rossignol du Japon (Erithacus akahise) qui pratique aussi parfois une véritable auto-mutilation des pattes.

 

Les faux picages

Le picage doit être différencié d’un certain nombre d’autres affections :

 

Les causes

Un problème de picage doit toujours être replacé dans son contexte environnemental. Pour bien l’apprécier et le comprendre, il faut aussi connaître le mode de vie des perroquets dans leur milieu naturel, souvent bien différent de celui qu’on leur offre en captivité.

Les capacités psychiques des perroquets ont toujours étonné l’homme, qu’il s’agisse de leurs propriétaires ou des scientifiques. Les tests d’intelligence réalisés sur ces oiseaux ont démontré qu’ils étaient capables d’effectuer des tâches cognitives* complexes et qu’ils possèdent des capacités élevées de compréhension, d’abstraction et de numérisation.

Les perroquets sont des animaux sociables dans leur milieu naturel ; ils vivent en groupes harmonieux et organisés dont le rôle est protecteur. Les couples sont le plus souvent très liés et ils consacrent un temps considérable à l’élevage et à l’éducation des jeunes. L’espace vital est important et varié (zones forestières, zones dégagées, point d’eau). Celui ou celle d’entre nous qui a eu la chance de les voir évoluer dans leur milieu naturel en reste profondément marqué. En captivité l’environnement est bien différent, il s’agit d’un autre monde et deux cas de figure peuvent se présenter. Le perroquet peut avoir été prélevé dans son milieu naturel et c’est là où les problèmes comportementaux seront les plus graves. Directement transplanté dans un milieu inconnu, soumis à un état de stress et à une multitude de situations conflictuelles, il sera souvent difficile voire impossible à socialiser correctement et manifestera de l’agressivité ou d’autres troubles comportementaux dont le picage. Dans les autres cas le perroquet est né en captivité et il aura été élevé par ses parents ou par l’homme « à la main ». Il va alors se trouver privé d’éducation parentale et d’interactions sociales et il est indispensable que son éducation soit assurée par l’homme dans les meilleures conditions. Tous les « ingrédients » du picage se trouvent ainsi souvent réunis en captivité. Cependant si le diagnostic de l’affection est relativement aisé, celui de la cause réelle est souvent bien plus difficile à établir.

Les facteurs environnementaux sont essentiels dans l’apparition et l’entretien du picage. Ils sont à l’origine de troubles psychiques et ils interviennent à deux niveaux :

Les conditions d’entretien peuvent aussi intervenir comme facteurs favorisants :

Il ressort donc de cette énumération que les causes de picage sont très nombreuses, parfois difficile à cerner. Seule une « enquête » associée à un examen clinique complet pratiqué par le vétérinaire permet d’obtenir une bonne orientation diagnostique

Le traitement doit, dans la mesure du possible, traiter la cause. Il est souvent difficile, parfois décourageant. Il existe fort heureusement aujourd’hui des neuroleptiques efficaces et sans danger pour l’oiseau. Il est utile de leur associer des extraits thyroïdiens pour assurer la repousse des plumes et il faut toujours vérifier l’absence de parasites.

Cependant la prévention reste la meilleure méthode et il est indispensable de revoir toutes les conditions environnementales. Le maître doit « raisonner perroquet », comprendre les attitudes et les demandes de son compagnon, renforcer les liens de confiance mutuelle. Il doit agir de manière interactive, par des jeux, des caresses, un dialogue, renforcer les bons comportements par des récompenses tout en cherchant à minorer les mauvais comportements par des punitions adaptées. Il doit se positionner comme dominant et non pas dominé, et inculquer un minimum de règles d’obéissance. Tout ceci en fournissant une alimentation équilibrée et attrayante, une cage spacieuse, pourvue d’abris, dans un lieu calme et bien aéré, sans oublier de couvrir la cage la nuit afin d’assurer un sommeil réparateur.

* cognitives : qui se rapportent aux processus par lesquels un être vivant à des informations sur son environnement.

 

Dr Didier BOUSSARIE pour Guarouba.com

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