Elevage en colonie de la Perruche Calopsitte

Elevée officiellement en captivité depuis le milieu des années 1800, la perruche calopsitte (Nymphicus hollandicus) est l’oiseau du débutant par excellence, ou pour les moins fortunés, l’oiseau se rapprochant le plus du perroquet.
Sa livrée originelle est le gris parsemé de taches blanches plus ou moins étalées sur les ailes. Le dimorphisme sexuel est parfaitement évident chez les sujets affichant le phénotype sauvage (se faisant hélas de plus en plus rares…), la femelle arbore un plumage plus terne, associant la couleur orangée de ses joues à une face intérieure de queue jaunâtre striée de noir.
Attention de ne pas confondre les juvéniles avec des femelles matures, car ces derniers arborent à s’y méprendre leur plumage caractéristique.
Juste un petit aparté sur la mutation Lutino apparue aux Etats-Unis au milieu des années 1900, et dorénavant très courante dans nos élevages ainsi qu’en animalerie. Il est possible pour un œil averti de distinguer le sexe d’un sujet adulte à la couleur des joues, mais l’exercice s’avère difficile, et pour les plus pressés rien ne vaut le chant du mâle ou le sexage ADN. Elle se caractérise également des autres souches par une légère calvitie derrière sa huppe érectile, visible dès son plus jeune âge.

La littérature étant abondante à son sujet, j’en reste la avec les présentations et je vais vous conter mon expérience à son sujet, qui va certainement vous changer de mes textes législatifs !
Résidant en zone urbaine, enclavé entre des maisons, la perruche Calopsitte me semblait l’oiseau approprié pour l‘élevage en colonie en volière extérieure. Une volière de 8m3 ouverte sur 2 côtés fut construite dans le jardin en essayant de l’intégrer à son environnement direct. Sa face principale étant située plein sud, il me suffit de la recouvrir de panneaux translucides les mois d’hiver. Il n’est pas rare d’avoir des -10 degrés, mais je n’ai jamais eu de perte à déplorer, même au niveau des juvéniles nés en fin de saison.

Cela pourra vous paraître paradoxal, mais j’ai eu la plus grande peine à me procurer mes premiers spécimens ! En effet, voulant des oiseaux aux couleurs sauvages, il me fut difficile de m’en procurer tant les mutations diverses polluent le marché au détriment des couleurs « naturelles ». Malheureusement et bien malgré moi je suis maintenant obligé de me résigner et de suivre cette nouvelle mode, car mon premier couple ne me donna pas que des couleurs naturelles. Preuve de la présence d’un gène « opaline »....

Je ne jette la pierre à personne, mais je suis en droit de me demander où sont passées les vraies perruches calopsitte, telles que décrites dans les littératures anciennes ?
A ce jour, je possède en permanence une douzaine d’individus adultes se partageant la volière, avec comme reproducteur principal un couple dominant formé au gré du temps et des rencontres sur les perchoirs. Pour le moment aucune intervention de ma part dans la formation des couples, et fruit du hasard ou pas, je n’ai jamais eu de couples consanguins.


Il est à noter également que mes Calopsittes ont aisément le choix des nichoirs, mais que seuls les rectangulaires 25,5X16,5X16 du commerce connaissent un vif intérêt. J’installe ces derniers au début du mois de février en ayant pris soin au préalable de vermifuger mes oiseaux, et je les retire en septembre, période à laquelle je procède à la seconde vermifugation. Le fond des nichoirs est recouvert de copeaux, mais très vite les oiseaux s’en débarrassent. Rien n’y fait, elles ne veulent absolument pas couver sur des copeaux et préfèrent le bois direct.
Sur 12 sujets, j’ai 3 couples réellement formés et un couple que j’appellerais dominant qui reproduit régulièrement et toujours en premier. Les 2 autres, visitent les nids et parfois les femelles y pondent mais sans couver les œufs (ce qui en quelque sorte peut m’arranger, si on tient compte de leur taux de fécondité).
Cette année 2 femelles Lutino ont pondu une douzaine d’œufs dans le même nid et oeuvraient toutes les deux à couver nuit et jour, prenant juste le temps d’aller se nourrir ou de s’abreuver ! J’ai mis un terme à cette fatigue inutile en retirant tous les œufs (certains étaient fécondés). Mais je les soupçonne encore de pondre ça et là dans les nids inoccupés, car j’en ramasse encore régulièrement.


Dans ces conditions vous vous imaginez bien qu’un apport en calcium et une alimentation variée sont fortement recommandés. Elles sont nourries d’un mélange de graines pour grandes perruches et tous les jours ont leur quartier de pomme associés à de la verdure : endives, feuilles de choux, pissenlits et millets fraîchement coupés dans le jardin. Je leur donne également des « REM » (biscuit aux œufs pour les B.B achetés en grande surface) dont elles raffolent !
En période hivernale seuls le quartier de pomme et les « REM » sont quotidiens avec parfois des grappes de millets achetées en vrac et accrochés en l’état sur un perchoir.
Le couple dominant en est quant à lui à sa deuxième nichées, la première ayant lieu mi-mars, de 5 œufs à chaque fois. Et bien qu’uniquement couvés par les deux parents, je dis bien « uniquement » le nourrissage des oisillons, est à la charge de la colonie ! Il n’est pas rare de voir une perruche étrangère rentrer dans le nid et nourrir les petits (piaillement caractéristique parfaitement audible), ressortir et céder sa place à une seconde.
Mais vous n’avez pas tout lu encore. La première nichée encore au nid, une deuxième femelle s’installa dans le même nid et s’appropria la partie de gauche pour pondre, n’empêchant nullement le premier couple de rentrer et de mener jusqu'à leur sortie du nid le nourrissage des premiers oisillons.
La croissance des oisillons est très rapide, et il m’est déjà arrivé de louper le baguage, généralement effectué à 10 jours le soir avant la tombée de la nuit, minimisant ainsi la curiosité des parents et de la colonie envers cet objet inconnu glissé à la patte des petits.
A l’heure où je vous écrit, j’ai encore retiré 9 œufs de 2 nids différents et un deuxième couple couve 7 œufs.
Il m’arrive de retirer les petits à 10/15 jours pour les élever à la main. Dans ce cas ce seront ceux de la deuxième et dernière couvée. Ainsi les parents peuvent accomplir entièrement un cycle de reproduction une fois chaque année.


Les petits retirés du nids sont installés en éleveuse et suivant leur digestion ils reçoivent environ 10 à 12 % de leur poids en pâtée d’élevage avec adjonction de probiotiques. Il est impossible de se fixer des horaires pour le nourrissage car chaque oisillon est différent et digèrera plus ou moins lentement. Là aussi c’est une surveillance quotidienne de l’état général . Mais on détecte vite le plus faible et inconsciemment on y apporte un peu plus d’attention.
Pour un bon suivi de vos oiseaux, les prises de notes quotidiennes sur leur poids, la quantité et la fréquence des nourrissages seront un plus à ne pas négliger. Je vous donne un exemple tel que noté dans un carnet 2004 :
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Pot 1 (seringue 10 ml ; pâtée Kaytee-exact) |
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Lutino baguée
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Lutino non baguée |
Opaline baguée |
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23/06/04 matin : 23 gr pâtée = 2,3 ml à 07h30-11h00-22h00 (digestion lente) |
23/06/04 matin : 40 gr pâtée = 4 ml à 07h30-11h30-19h30-22h00 |
23/06/04 matin : 51 gr pâtée = 5 ml 07h30-11h30-19h30-22h00 |
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24/06/04 matin : 22gr pâtée = 2,3 ml + probiotiques 06h30-12h00-16h00-21h30 (digestion lente/amaigrissement) |
24/06/04 matin : 41 gr pâtée = 4 ml 06h30-10h00-13h30-18h30-23h00 |
24/06/04 matin : 52 gr pâtée = 5,2 ml 06h30-10h00-13h30-18h30-23h00 |
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25/06/04 matin : 24 gr pâtée= 2,5 ml + probiotiques 07h30-11h00—14h00-20h30 |
25/06/04 matin : 46 gr pâtée = 4,7 ml + probiotiques 07h30-11h00-14h00-20h30 |
25/06/04 matin : 54 gr pâtée = 5,5 + probiotiques 07h30-11h00-14h00-20h30 |
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26/06/04 matin : 24 gr pâtée = 2,5 + probiotiques 07h00-13h30-17h00-23h30
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26/06/04 matin : 48 gr pâté = 4,9 + probiotiques 07h00-13h30-17h00-23h30 |
26/06/04 matin : 55 gr pâté = 5,6 + probiotiques 07h00-13h30-17h00-23h30 |
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Vous remarquerez que les pesées sont aléatoires et que les repas varient en fonction de la digestion. Ces notes régulières (représentées ici sur 4 jours, mais à faire sur plus d’1 mois) nous permettent malgré tout de constater des difficultés manifestes de croissance du premier oisillon. (lutino baguée). Rassurez vous, ces 3 BB sont tous arrivés jusqu’au sevrage ! |
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Les petits grandissent vite, très vite et ont vite fait d’attirer votre attention à chacun de vos passages dans leur champ de vision. Le sevrage se fait lentement mais généralement c’est l’oiseau qui décidera de lui même et refusera la pâtée pour préférer les premières graines germées mises à sa disposition. C’est le début de l’indépendance et de toutes les facéties dans l’appartement.
Elevé main c’est un oiseau particulièrement vif curieux, se faufilant partout, et répondant parfaitement à son nom.
Voilà telle que je la vis mon expérience de perruches calopsitte en colonie retranscrite ici pour les lecteurs de la revue les oiseaux.
Les puristes seront peut-être étonnés de ma façon de les élever, mais je le suis tout autant qu’eux en constatant la rareté des véritables souches 100% naturelles. C’est un débat qui ne me concerne nullement, j’aime mes oiseaux tels qui le sont et pour rien au monde je ne procèderais à des sélections draconiennes en brisant des couples ou en forçant les accouplements pour obtenir des futurs primés en concours.
Et puis c’est tellement agréable d’avoir dans son jardin une colonie de calopsittes libres de faire ce qu’elle veulent et égayant l’atmosphère citadine…

Vos questions sur cet oiseau : ICI
Yann Durand