Doit-on obligatoirement élever à la main de jeunes perroquets du Gabon ?

Lors d’une exposition d’oiseaux, lieu de rencontre idéal entre amateurs passionnés, un petit débat s’est ouvert au sujet de l’élevage de jeunes gris du Gabon. Un éleveur avait, au moment de cette discussion, 3 jeunes bébés de cette espèce que les parents naturels élevaient à merveille. C’était leur première nichée. Notre éleveur pensait, au vu des diverses informations reçues d’autres amateurs, mais pas forcément éleveurs de gris du Gabon ou autres perroquets, qu’il devait absolument les retirer des parents pour les finir à la main afin qu’ils deviennent des oiseaux familiers. Sa question était donc : A quel âge doit-on retirer les jeunes des parents ?

   

Cette question a surpris certaines personnes et un débat s’est ouvert sur le sujet.

L’élevage à la main est aujourd’hui en pleine expansion, même si on n’est pas au niveau des américains, chez qui presque toutes les espèces de psittacidés sont élevées à la main pour le marché des animaux familiers, les « pets » en anglais. Chaque éleveur a été, un jour ou l’autre, confronté à un oisillon non ou mal élevé par ses parents, un petit retardataire ou suite à la mort subite de la femelle. Dans ces cas-là, le recours à l’élevage à la main est indispensable si on veut sauver les oisillons. Il y a une vingtaine d’années, les « bouillies » étaient des formules maison, élaborées par chaque amateur en fonction de ses expériences. Le résultat n’était pas toujours là, et les jeunes souvent d’un gabarit inférieur à ceux de leur espèce. Cela provenait soit d’une nourriture mal équilibrée, soit d’une mauvaise distribution, soit d’une attente trop longue entre les nourrissages, soit encore du faible nourrissage des vrais parents et du relais par l’être humain, etc.

Aujourd’hui, nous avons à notre disposition des produits élaborés de plus en plus sophistiqués, qui s’adressent à des espèces précises. L’élevage à la main, même s’il est toujours contraignant, est dorénavant à la portée de tous. Doit-on pour autant l’utiliser en permanence, et soustraire les oisillons aux parents qui ne demandent qu’à les élever correctement et les dorloter ? Imaginez un peu le stress de ces oiseaux, qui sont des êtres intelligents, ne l’oublions pas.

La question est de savoir quel but nous poursuivons. Soit maintenir une population captive, correcte, se rapprochant le plus possible des oiseaux sauvages, soit faire uniquement des oiseaux familiers, mais avec le risque qu’un certain nombre devienne malheureux car mal compris de leurs possesseurs et finisse complètement délaissé et abandonné.

Si nous avons la chance, chose qui est fortement influencée par l’éleveur, qu’un couple de gris du Gabon élève parfaitement ses jeunes, alors pourquoi lui enlever sa progéniture à mi-élevage ? De plus, dans notre exemple précis, cet amateur n’en a encore jamais élevé à la main. Il y a donc risque d’une mauvaise alimentation et d’oiseaux déséquilibrés.

Il est bien évident que des oiseaux élevés à la main seront d’adorables compagnons, bien imprégnés de la main de l’homme. Mais des oiseaux apprivoisés juste après le sevrage le seront aussi s’ils tombent entre de bonnes mains. On peut aussi accentuer ce bon contact oiseau-homme en prenant régulièrement les jeunes au nid dans la main. Ils seront alors de plus en plus confiants. Les parents perroquets n’apprécieront peut-être pas beaucoup les premières fois, mais s’habitueront à ce contact régulier. Et ceci est une bonne chose, pour le baguage par exemple.

Le fait de laisser effectuer l’élevage total par les parents donnera des oiseaux équilibrés. Et s’ils ne satisfont pas comme oiseaux familiers, du fait de leur caractère ou du caractère des humains, ils pourront aller rejoindre les oiseaux reproducteurs.

Bien évidemment, si les oiseaux n’élèvent pas, il faut tout faire pour les sauver, et donc prendre le relais des parents. Plus il y aura de perroquets élevés en captivité, moins les importations seront nécessaires. Pour le gris du Gabon, ces importations ne sont plus nécessaires. Mais pour cela, il est primordial de conserver des couples pouvant assurer la pérennité de l’espèce en captivité.

Jacqueline et Gabriel PRIN

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Ce sujet sera abordé plus profondément dans un prochain numéro de « Les Oiseaux » des éditions PRIN