Les oiseaux puisent dans la nature les remèdes qui leur sont nécessaires
Les animaux utilisent instinctivement des plantes pour se soigner. C’est le cas de nombreux mammifères (éléphants, rhinocéros, chimpanzés, écureuils, félins), de reptiles, d’insectes mais aussi d’oiseaux.
Certains oiseaux sont dits géophages, c’est-à-dire qu’ils absorbent de la terre, en particulier de l’argile. Celle-ci, tout en apportant des sels minéraux et des oligoéléments, possède des vertus thérapeutiques. Elle permet de neutraliser les effets indésirables des plantes toxiques ingérées. Certaines plantes contiennent en effet des composés secondaires, qui sont dotées de propriétés antiparasitaires. L’argile en permettant d’éliminer l’action nocive de ces composés, a donc aussi une action antiparasitaire chez les oiseaux. L’exemple le plus spectaculaire est celui des grands aras (Ara chloroptera) et des amazones farineuses (Amazona farinosa) qui viennent en bande absorber l’argile des falaises de la Réserve de Tambopata en Amazonie péruvienne à certaines périodes de l’année.
Les insectes sont aussi utilisés pour l’automédication des oiseaux. Comme les plantes, ils accumulent des toxines dans leur organisme pour dissuader les prédateurs, éliminer les parasites ou combattre les infections. Plus de 200 espèces d’oiseaux chanteurs se servent des fourmis pour se débarrasser de leurs … poux. Pour cela, les oiseaux font passer les fourmis tenues dans leur bec, le long de leurs plumes, comme pour les lisser. Les espèces de fourmis choisies sécrètent de l’acide formique, létal pour les poux. Certaines espèces d’oiseaux peuvent aussi se rouler dans les termitières. Ce déparasitage biologique est aussi pratiqué par les écureuils, les chats et les primates.
Des étourneaux sansonnet (Sturnus vulgaris) tapissent leurs nids de diverses plantes : carotte sauvage (Daucus carota, Apiacées), aigremoine (Agrimonia eupatoria, Rosacées) entre autres, pour diminuer les populations d’acariens. Ces plantes contiennent des lactones, à propriétés bactéricides et antiparasitaires (acariens, poux).
Un oiseau arctique, la starique cristatelle (Aethia cristatella, Alcidés, Charadriiformes) émet naturellement une substance répulsive qui éloigne les insectes. Son odeur citronnée est perceptible à un kilomètre. Cette sécrétion se comporterait aussi comme une phéromone à la saison des amours. Il s’agit d’un aldéhyde qui pourrait, une fois synthétisé, être utilisé comme insectifuge chez l’homme.
Les oiseaux mettent donc à profit les propriétés préventives et curatives des sols, des plantes et des insectes. Les exemples sont nombreux dans la nature. La zoopharmacologie, qui a débuté dans les années 1980, est aujourd’hui une science en plein essor : elle se fonde sur l’observation du comportement animal pour identifier les actions qui peuvent correspondre à de l’automédication.
Dr Didier BOUSSARIE DIDIER
Consultant NAC
Membre Correspondant de l’Académie Vétérinaire de France