Compte-rendu de la VIème Conférence Internationale sur les Perroquets du Loro Parque

En tant qu’étudiant et passionné de psittacidés, j’ai eu la chance de pouvoir me rendre à la VIème Conférence Internationale sur les Perroquets organisée par le Loro Parque et la Fondation Loro Parque, du 27 au 30 septembre 2006 sur l’île de Tenerife aux Canaries (Espagne). Cet événement regroupait 780 personnes, d’une quarantaine de pays, pour trois jours de conférence à raison de 8 ou 9 interventions quotidiennes. Les psittacidés (perruches et perroquets) étaient le seul groupe abordé au cours des discussions.
Rosemary Low ouvrit la séance avec une présentation mêlant aviculture et conservation, pour prôner un travail commun. Comme un symbole, cela annonçait le sujet phare et quasi-omniprésent de cette VIème conférence, pour un progrès dans cette coopération pour l’avenir des espèces menacées à l’état naturel.
Matthias Reinschmidt, curateur du Loro Parque, discuta des techniques d’élevage grâce à son expérience au Loro Parque. Il insista sur le fait de ne surtout rien changer si le couple reproduit avec succès. Sinon, il est important d’identifier la source du problème. Parfois une inspection vétérinaire s’impose au cas où des problèmes physiques ou physiologiques seraient en jeu. Toutefois des méthodes plus simples suffisent souvent à résoudre le problème comme par exemple l’identification d’un excès de plumes autour du cloaque empêchant la fécondation. La séparation des couples en dehors de la saison de reproduction, avec un isolement individuel sans contact visuel des congénères de même espèce, est très efficace pour la reproduction de certaines Amazones. Le libre choix du partenaire, en faisant cohabiter plusieurs males et femelles ensemble, est sans conteste la meilleure et plus efficace technique d’élevage. Cela a permis d’obtenir des résultats surprenants notamment avec les Microglosses (Probosciger aterrimus) au Loro Parque. Son assistant, Rafael Zamora Padrón, présenta dans la même optique les dernières ingéniosités trouvées pour l’enrichissement de l’environnement d’élevage dans leur collection. Les psittacidés sont des animaux intelligents, qui ont besoin à ce titre d’une constante stimulation afin de rester en bonnes conditions psychologiques. Un espace adapté, en taille et qualité, avec une végétation attrayante sont des éléments clés du bien-être. La diversité de la nourriture, le choix du type de sol, des perchoirs, de l’environnement acoustique, du nid, et l’ajout d’éléments distractifs tels que cordes et branches sont également des points-clés pour assurer des conditions de vie optimales. La plus intéressante des expériences a montré l’effet bénéfique de placer des panneaux suspendus à hauteur des perchoirs pour les espèces agressives. En cachant la moitié du perchoir, cela permet aux deux oiseaux de ne pas se voir en permanence et surtout à la femelle de se cacher facilement si besoin est.
Un projet de réintroduction réussie d’une population d’Ara Macao (Ara macao) dans un parc du Costa Rica fut présenté par Greg Matuzak, ainsi que son projet d’un système de télémétrie satellite afin de remplacer la fastidieuse méthode du signal radio pour suivre les animaux sauvages. Dans la même optique, Bennett Hennessey présenta les nouvelles techniques utilisées pour augmenter l’efficacité du projet de conservation de l’Ara à gorge bleue (Ara glaucogularis) en Bolivie. Peter Widmann quant à lui aborda la situation du projet de conservation du Cacatoès des Philippines (Cacatua haematuropygia), pour mettre en exergue le potentiel et les limites d’un projet de conservation basé sur le partenariat avec les communautés locales.
La Dr Cristina Yumi Miyaki, de l’Université de São Paulo, offrit une intéressante discussion sur le rôle de la génétique pour assister les programmes de conservation dans la nature et en captivité. Elle travaille notamment sur l’Ara de Spix (Cyanopsitta spixii), uniquement détenu en captivité, et l’Ara de Lear (Anodorhynchus leari), dont la population sauvage est estimée à seulement 500 individus. Le but est de maintenir une variabilité génétique maximale dans ces espèces à faible effectif.
Le Dr Donald Brightsmith présenta quelques résultats de ses études au Centre de Recherche de Tambopata (Pérou) pour exposer les facteurs qui déterminent le cycle annuel de différentes espèces de perroquets à l’état sauvage. L’endroit accueille 21 espèces de psittacidés, notamment grâce à la façade d’argile. Il présenta l’organisation d’un cycle annuel en se basant sur l’abondance de chaque espèce, la consommation d’argile observée, et la nidification. La période d’abondance en nourriture correspond au moment où les oiseaux élèvent leurs jeunes, ce qui n’est pas surprenant. Cependant, c’est aussi le moment où les parents font le plus de voyages jusqu'à la falaise d’argile. Après la saison d’élevage, les oiseaux quittent cette zone pour aller aux endroits où la nourriture est plus abondante. Ils peuvent alors faire de quelques dizaines à plusieurs centaines de kilomètres pour revenir dans la zone de Tambopata à la saison suivante. Cela peut compliquer les programmes de conservation, en particulier si ces espèces sortent des zones protégées pendant une partie de l’année.
Peter Odekerken discuta la maintenance et l’élevage des loris à l’heure actuelle, comme un exemple pour la préservation en captivité des espèces menacées. L’hypothèse d’une catastrophe naturelle comme un cyclone sur les îles Marquises, ou l’introduction du rat, conduirait par exemple à l’extinction du Lori Ultramarin (Vini ultramarina), quasiment absent en captivité. Les photos présentées eurent sans aucun doute un franc succès avec les merveilleuses couleurs de ce groupe d’oiseaux, et plusieurs photos de mutations inédites (cf. photo) avec cependant la mise en garde du conférencier sur la pollution génétique potentielle des mutations.
Rick Jordan, un des leaders de l’aviculture américaine, offrit un discours engagé en faveur de l’aviculture, avec un accent sur les contributions parfois précieuses pour la connaissance de la biologie des espèces non ou peu étudiées à l’état naturel. Mais sa conclusion fut claire, mettant en évidence que l’heure n’est plus aux querelles entre éleveurs et biologistes mais bien à la coopération pour accomplir leur but commun : la sauvegarde des psittacidés.
Le Dr Nigel Collar, de BirdLife International, synthétisa dans sa présentation les meilleurs techniques utilisées dans les projets de réintroduction. Le relâcher des oiseaux sauvages confisqués est par exemple une technique bien maitrisée avec un fort taux de réussite.
Barbara Heidenreich offrit une présentation originale avec l’intérêt du dressage des oiseaux pour réduire le stress associé aux manipulations médicales et d’élevage. Toutes les techniques utilisées se basent sur un renforcement positif du comportement afin d’obtenir une participation volontaire de l’animal, avec des résultats nets en seulement quelques jours de travail. Les oiseaux peuvent alors être entrainés par exemple à se placer sur la balance chaque jour pour contrôler leur poids sans effort ni capture.
Le Dr Carlo Manderschield, du Luxembourg, offrit l’unique présentation en Français, pour aborder l’importance de la gestion d’une collection d’oiseaux sur le plan sanitaire, et notamment la maîtrise des entrées et sorties, insistant sur la prévention plutôt que le traitement curatif des problèmes sanitaires. Ramón Porta le suivit pour une synthèse sur la situation actuelle et le futur du virus de la grippe aviaire.
João Mello Cabral relata son expérience d’élevage avec le Caïque Mitrée (Pionopsitta pileata), petit perroquet d’Amérique du Sud rare en élevage.
Mark Ziembicky discuta le statut et les défis de la conservation des psittacidés du Pacifique Sud. La présence de l’Homme représente dans cette zone la menace principale par la dégradation de l’habitat mais également par l’introduction de prédateurs comme le rat, les animaux domestiques, ou le Mainate (Acridotheres tristis), dénommant ce dernier « rat à plumes ». Son exemple des loriquets de type Vini en Polynésie Française fut très intéressant.
Le Dr Paul Salaman, de la Fondacion ProAves, ONG Colombienne, donna une présentation remarquable de ses 20 projets de protection de psittacidés menacés en Colombie. Son optimisme notable, appuyé par le franc succès de ses programmes, donna espoir à tous ces efforts de la communauté internationale pour la protection des espèces menacées. La redécouverte en 2002 du Caïque de Fuertes (Hapalopsittaca fuertesi) par son équipe, après un an de recherches intensives, a été un exemple magnifique de persévérance. Il montra de plus que l’implication des populations locales dans ces projets de conservation offrait des résultats très positifs, autant pour les espèces menacées que pour ces populations parfois très pauvres. Cela a contribué en effet à l’amélioration de leurs conditions de vie mais aussi au maintien de leur culture et de leurs traditions. Avec un point de vue similaire, Dr Jon Paul Rodriguez, directeur de l’ONG Vénézuélienne Provita, présenta les différentes actions engagées par son groupe avec l’exemple des perroquets menacées sur l’île Margarita, dont le projet se concentre sur l’éducation des populations locales.
Le Dr Lorenzo Crosta, Vétérinaire aviaire, donna une présentation intéressante vu la technicité du thème sur la néonatologie, c’est à dire la science du développement du jeune oiseau, et les problèmes associés à cette période de la vie.
Willem Wijnstekers, en tant que secrétaire général de la CITES, aborda le commerce international des espèces animales et végétales. Il exprima sa conviction qu’une interdiction totale du commerce dans un but de conservation des espèces n’est pas nécessaire. Selon lui, la CITES possède déjà suffisamment d’outils (notamment par l’imposition de quotas) pour arrêter ou réduire le commerce des espèces de l’Annexe II lorsque cela s’avère nécessaire.
Pour le plaisir des yeux, Karl-Heinz Lambert présenta ses photos de psittacidés dans leur milieu naturel, rapportées d’une quarantaine de voyages en Amérique du Sud, Océanie, Asie et Afrique. Beaucoup de clichés exceptionnels, pris après parfois des journées d’attente en face du nid, reflétant toute l’âme d’un passionné. Le Dr Mark Stafford, président de Parrots International, conclu chacune des trois journées de conférence par la présentation d’un de ses court-métrages sur les perroquets à l’état naturel.
Enfin le Dr David Waugh, directeur de la Fondation Loro Parque, conclu cette conférence en présentant les actions entreprises par la Fondation, dont 100% des fonds et donations sont réparties dans leurs quatre programmes : éducation, recherche, élevage en captivité, projet de conservation sur le terrain (in situ). Il présenta notamment les réussites d’élevage dans leur collection totalisant presque 4000 psittacidés de 350 espèces et sous-espèces.
Entre les conférences, une visite du centre d’élevage de La Vera fut organisée pour les personnes intéressées, ainsi que des ateliers sur les aspects de reproduction et d’élevage.
Pour ma part, cette conférence fut très riche en informations et connaissances et j’ai pu y rencontrer des personnes très ouvertes. Je ne peux que souhaiter à tout passionné de psittacidés d’assister au moins une fois à cet événement au Loro Parque. Enfin, le Loro Parque, malgré les critiques que certains puissent lui attribuer, contribue inéluctablement à l’avancée dans le domaine de la conservation, principalement par ses financements indispensables à la réalisation des projets, mais aussi dans le domaine de l’élevage. J’ai pu visiter lors de mon séjour des installations remarquables et constater les signes d’un effort constant pour le bien-être des animaux, en adaptant leurs conditions de détention aux besoins de chaque espèce.

Si vous voulez en savoir plus sur le Loro Parque ou la Fondation Loro Parque :
Jean-loup RAULT pour Guarouba.com.